SÉISME > LES FILMS
Séisme [livre et film] tente d’investir le goût de l’art que les terres d’Achab laissent dans la bouche, à travers l’exploration de trois grands tracés directeurs, (…), que sont le principe de création permanente, le statut des images selon une approche mésologique et une proposition de méthode de recherche-création nommée « méthode Melville », applicable par les chercheuses et chercheurs, étudiantes et étudiants en art.
Pierre Baumann, Séisme, 2025
PROLOGUE
« Que faire de ces objets étranges que sont les images ? Entre fin 2018 et maintenant, et depuis plus longtemps d’ailleurs, j’ai employé le médium vidéo comme une manière de procéder à la construction d’une image photographique qui prend du temps à se former et impose à l’opérateur un travail insistant d’observation qui sort du processus même de fabrication technique de l’image. Pire, cette image existe parce qu’elle enregistre une situation sculpturale, plus précisément agentielle. Dit plus simplement, le temps de l’image agit comme un prétexte pour intensifier le travail d’observation et de dialogue. L’image est la conséquence de cette phase d’observation et non pas le motif. Dit autrement encore, l’image impose simplement un temps de vie.
Dans ce contexte, l’image est résolument relationnelle et doit être envisagée à l’angle d’une écologie élargie. Tel est ce que ce livre cherche à explorer. J’y parlerai donc de relation et de milieu, de mésologie. Ce qui se passe à cet instant, au cours de cette minute de contemplation, parfois pendant beaucoup plus longtemps, est quelque chose de particulièrement compliqué qui nécessiterait que l’on convoque une histoire du cinéma, attachée au temps de l’image. J’irai plutôt chercher quelques balises, que j’appellerai toponymiques, en cela qu’elles permettent de qualifier une relation entre être, lieu, durée et ancestralité, dans la lignée des travaux de Keith Basso.
Dès qu’on commence à produire des images, on prend en pleine face l’épineuse question de la fiction, celle-là même dont s’empara Melville avec Moby-Dick, pour parer au reproche de l’affabulation faite à ses précédents récits de voyage (Omou, Mardi, Taïpi), trop extraordinaires pour être acceptés comme des biographies ordinaires et véridiques. Au cœur du débat sur la fiction, Frédéric Pouillaude a remarquablement renversé la question en parlant de représentations factuelles dans un ouvrage éponyme, reposant autrement les enjeux du documentaire. Melville expose quelque-chose de l’ordre de cette factualité détachée de ses obligations. Une factualité qui, en quelque sorte, fait sa vie.
Il y a quelques années, j’étais tombé sur une petite explication d’Annick Bouleau qui m’a beaucoup accompagnée. Annick Bouleau disait, dans une conversation avec elle-même :
« C’était mon idée de départ pour L’instant fatal. Demander à des gens qui n’y étaient pas préparés de me donner un peu de leur vie, simplement en filmant leur visage pendant un temps déterminé à l’avance. En m’arrêtant de filmer quand ils me le demanderaient. Je voulais voir si l’image enregistrée pouvait, dans le mouvement de la durée, avoir été le dépositaire d’une trace de fiction. Comme si la fiction ne naissait pas seulement d’une idée plaquée sur la réalité et développée par l’enchaînement des plans et du récit, mais pouvait venir du cinéma lui-même, directement de la prise de vue. Comme si la fiction était une sorte de cancer, de prolifération démesurée et incontrôlée des cellules de la réalité et que le cinéma allait pouvoir, dans sa spécificité, me donner à voir ces passages de prolifération. J’ai mis dix ans pour ouvrir le Gaffiot au terme « fingo » et découvrir que le premier sens de ce verbe, c’était modeler, façonner. Fingere ceram, modeler la cire, c’est l’exemple du Gaffiot. Alors je m’obstine à toujours remettre les choses à nu pour retrouver le cinéma qui va travailler, modeler, façonner, fictionner, si je lui en laisse le temps, ce milieu du monde qui vient à la rencontre de ma caméra. »
J’aurais aimé écrire ces lignes, j’y souscris. Elles illuminent la poussée organique de la fiction sur la factualité melvillienne. Que se trame-t-il à cet endroit de l’instant fatal avec toutes celles et tous ceux qui, alors, agissent. Tel est ce que je tente d’interroger au fil de ces images et que je cherche à verbaliser dans le chapitre XII. On l’aura compris, derrière toute image fixe de ce livre, se tapissent en premier lieu une image filmique, mais plus encore un réseau de relations gravées intimement dans ma mémoire. En acceptant l’idée de faire apparaître toujours et encore des images que le lecteur a pu voir dans l’ouvrage antérieur qu’est Sillage Melville, je défends l’idée qu’elle appelle cette expérience d’une factualité qui tenterait de faire proliférer un tissu de récits, de sensations et de formes sans cesse remodelables, au fort pouvoir de régénération. Le livre me semble être une part affaiblie de cette expérience intense, difficile à traduire. Il fait de son mieux, mais j’ai le sentiment que l’intensité de l’expérience va avec le visionnage des films qui, eux-mêmes, on l’aura compris, procèdent, en premier lieu, à des écritures de la constatation où, certes, la fiction prolifère, mais sera toujours plus faible que ce que j’ai vécu. »
Extrait de Séisme, p. 31 – 32.
LES FILMS DE SÉISME
RESSOURCES ÉVOLUTIVES
Séisme rassemble la dernière phase de travail du projet Moby-Dick qui consiste en une proposition de réécriture du récit melvillienn, à partir d’un récit personnel marqué par les valeurs retenues des expériences collectives.
Les ressources filmique présentes sur cette page représentent les racines du livre Séisme, paru en février 2025, dernier volet du pentalogue melvillien.
« Leur ensemble cristalise une série de films courts qui, mis bout à bout, représentent le pendant cinématographique de ce livre. Pour être plus précis, ce sont même ces films qui précèdent le livre. Les films fixent le temps de présence et d’attention consacré depuis plusieurs années à l’écoute de ces terres d’Achab, sur le terrain. Ces films sont des temps d’écoute. Le livre est, en quelque sorte, le moyen qui m’est donné de fixer un instant des écritures, que Raul Zurita appellerait des « écritures matérielles ». Le film enregistre et parfois même construit ces écritures matérielles. Le livre les documente et les accompagne.»
RÉALISATION :
Image, montage et écriture : Pierre Baumann.
SOUTIENS :
Films réalisés avec le soutien
de l’Unité de Recherche ARTES 24141, Université Bordeaux Montaigne,
de l’UFR Humanités de l’Université Bordeaux Montaigne,
des Presses Universitaires de Bordeaux,
de la MSH Bordeaux.
BANDE ANNONCE
VI – L’IMAGE MINÉRALE
P. 63 – 75.
L’image minérale, vidéo HD, 29’40, 2024.
XI – 27 – LA CONSTRUCTION DU LANGAGE
P. 88 – 100.
Jean Dupuy, thé vert, vidéo HD, 8’41, 2017.
P. 88 – 100.
Arpège système Dudu / Mes étagères d’Ypudu, vidéo HD, 24’00, 2025.
XIII À XX – DE PACIFIQUE À MOCHA
P. 187 – 306.
Pensée océanique, image, réel, réconciliation, vidéo HD, 20’05, 2022.
XXIV – IMAGE HYPER-NORME IMAGE IN-HUMAINE
P. 343 – 373.
Image hyper-norme et image in-humaine, vidéo HD, 61’10, 2024.
XXIX – BOIS PIERRE PAPIER
P. 450 – 452.
Ypudu I, vidéo HD, 2’00, 2020.
Ypudu II, vidéo HD, 3’20, 2020.
XXXII – 159 – LE MONSTRE
P. 488 – 493.
Le monstre, vidéo HD, 9’00, 2023.
XXXII – 160 – TEMPS LIQUIDE TEMPS MINÉRAL
P. 494 – 495
Lithos et Mycelium, vidéo HD, 13’30, 2021.
Les images qui dorment I et III, vidéo HD, 3’36, 2023.
Les images qui dorment II et IV, vidéo HD, 6’42, 2023.
Les images qui dorment V, vidéo HD, 12’40, 2023.
XXXII – 161 – LA CHASSE
P. 496.
L’image animale, vidéo HD, 13’08, 2021.
XXXII – 162 – MÉSOLOGIE DES TERRES D’ACHAB (TROISIÈME JOUR)
P. 500.
Je dors, je travaille, vidéo HD, 7’13, 2024.